AVANT-PROPOS
INTRODUCTION
1 ACTIVITE CLINIQUE DU TAMARIN
1.1 Tableau comparatif des files actives
1.2 Taux de renouvellement des files actives
1.3 Les actes honorés
2 DONNEES CHIFFREES DE LA FILE ACTIVE JEUNES RECUS EN ENTRETIEN INDIVIDUEL. LECTURE ET COMMENTAIRES
2.1 Répartition par sexe
2.2 Tranches d’âge
2.3 Moyenne d’âge
2.4 Origine géographique
2.5 Logement
2.6 Situation professionnelle
2.7 Origine de la demande
2.8 Les actes
2.9 Les orientations préconisées par l’équipe
2.10 Les suivis sous main de justice
2.11 Les usagers de cannabis
3 DONNEES CHIFFREES DE LA FILE ACTIVE PARENTS RECUS EN ENTRETIEN. LECTURE ET COMMENTAIRES
3.1 Origine de la demande
3.2 Nature de la demande
3.3 Lien de parenté
3.4 Origine géographique
3.5 Les orientations préconisées par l’équipe
4 PRISE EN CHARGE GROUPALE DES USAGERS DE CANNABIS
4.1 Tableau comparatif
4.2 Les stages de sensibilisation
4.2.1 Tableau comparatif 2009-2010
4.2.2 « La participation du Tamarin aux stages »Texte P.HACHET (psychologue)
5 LES ACTIONS DE PREVENTION
6 PERSPECTIVES
7 REFLEXIONS CLINIQUES
7.1 Ces ados qui se « ratatinent »
(Pascal HACHET, psychologue)
7.2 Les publications
AVANT-PROPOS
Comme nous le rappelions dans chacun de nos rapports d’activité pour des raisons budgétaires l’existence même des Points Ecoute Jeunes et Parents du SATO-Picardie a été ces dernières années mise en péril. Cette situation a été source d’inconfort et d’insécurité permanente pour les équipes en charge de cette activité.
La mise en place des Centres de Soins d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie et l’intégration en leur sein des missions de prévention a représenté pour ces équipes le dernier espoir, fragile, de tenter de maintenir le travail accompli depuis 1996 au Tamarin à Creil et depuis décembre 2000 au Fusain Ailé à Beauvais.
Dans la présentation du dossier CSAPA, l’équipe de direction a soumis aux autorités de tutelles l’éventualité d’envisager de financer de manière durable les missions développées par ces deux structures.
En août 2010 nous étions informés que notre suggestion avait été retenue et que les services concernés bénéficieraient désormais de financements stables sur des fonds médico-sociaux.
Cette nouvelle réconfortante confirme et valide le travail de soutien et d’accompagnement réalisé depuis toutes ces années auprès des jeunes en conduites à risques et de leur famille ainsi qu’auprès de nombreux partenaires. Elle n’est pas néanmoins sans conséquences.
En effet, l’appellation « Points Ecoute Jeunes et Parents » a dû disparaître, au profit de la dénomination « Pôles prévention ». Ce remaniement conduira inévitablement les équipes en charge à réviser et à repenser leur posture…
Je profite de l’occasion pour remercier une fois encore ces professionnels et saluer leur disponibilité ainsi que la ténacité dont ils ont fait preuve pour entretenir avec conviction et compétence et au travers d’un avenir incertain, l’activité de ces structures. Je ne doute pas qu’il en sera de même pour affiner avec dynamisme et pertinence l’évidente complémentarité de la prévention et du soin dans le cadre du CSAPA.
Je me réjouis enfin que la prévention qui est traditionnellement parent pauvre des politiques publiques bénéficie d’une reconnaissance affirmée par un engagement de l’Agence Régionale de Santé de Picardie. En effet, en octroyant à la prévention les moyens financiers pérennes nécessaires à son activité l’ARS lui permet désormais de s’‘incrire dans la durée.
Aux professionnels de mettre en oeuvre des évaluations rigoureuses afin de confirmer le bien fondé de cet investissement et de démontrer que la prévention, au-delà de son incroyable richesse et créativité peut être aussi un facteur économiquement rentable !
Claude LEFEVRE
Chef de service
INTRODUCTION
Début mars, Monsieur Benjamin APPERT nouvellement diplômé moniteur-éducateur quittait comme prévu le Tamarin pour rejoindre l’équipe du CAARUD. Malgré une légère baisse de la file active globale attendue en conséquence, l’activité du pôle prévention du CSAPA de Creil a été cette année encore relativement fournie.
A quelques variables près nous n’observons pas de véritables bouleversements dans l’activité de la structure. Néanmoins une lecture attentive des données chiffrées permet de pointer quelques indicateurs qui aident à repérer, d’une part, l’évolution du profil des usagers jeunes et/ou parents qui fréquentent le service, d’autre part, les éventuelles variations dans les orientations et corrélativement l’implication du Tamarin auprès de ses partenaires locaux.
La moyenne d’âge des jeunes usagers du service augmente sensiblement mais régulièrement chaque année. Toutefois la proportion de jeunes mineurs accueillis en 2010 représente plus d’un tiers de la file active, 34% précisément. Ce pourcentage est le plus élevé que nous ayons enregistré depuis ces trois dernières années. Ce bon indicateur révèle une certaine adéquation avec nos partenaires qui n’hésitent pas à adresser au service de manière précoce afin d’anticiper des préconisations et des orientations utiles et d’éviter le plus possible que les situations ne se dégradent davantage.
La file active jeune enregistre une baisse de 8%. En revanche, nous observons une progression de 13% du nombre de parents accueillis. Majoritairement ces personnes se sont présentées au Tamarin de leur propre initiative et 28% d’entre elles ont été orientées par la communauté éducative le plus souvent par les assistantes sociales de collèges. Le travail de collaboration avec les parents est répétons le, indispensable en particulier lorsqu’il s’agit de jeunes mineurs ou de jeunes majeurs et nous nous félicitons que l’entourage familial ait été cette année davantage représenté.
Le taux de renouvellement des files actives se situe toujours à un pourcentage élevé. Il oscille selon les années entre 77% et 86%. C’est encore le cas en 2010. Je rappellerais au passage que l’objectif du travail mené au Tamarin consiste à prendre en charge les situations de manière plutôt brève et selon nécessité, d’effectuer des passations vers des services spécialisés.
Nous enregistrons cette année une diminution significative de certaines orientations faites par les services de justice. En effet, nous observons une réduction de 12% environ des indications « rappels à la loi » et une baisse de 23% des orientations vers les « stages de sensibilisation aux dangers de l’usage des produits stupéfiants ». Ce constat éclaire la décroissance du nombre de jeunes reçus et relativise d’une certaine façon nos craintes évoquées dans notre précédent rapport d’activité d’« instrumentalisation » de nos missions par les instances judiciaires.
Traditionnellement nous recevons une population de jeunes plutôt bien intégrés socialement tout du moins sur le plan du logement de la scolarité et/ou du travail. A 84% c’est toujours le cas cette année, nonobstant un accroissement des jeunes inactifs. En effet, le taux d’évolution de cet item entre 2009 et 2010 est de 246%.
La file active jeune reçue en entretien individuel est de 211 personnes soit une baisse de 14% par rapport à l’année dernière. Pour 78% d’entre eux c’est un usage de cannabis qui les a amenés au service. Le plus fort pourcentage (45%) de ces consommateurs est constitué d’usagers réguliers qui entretiennent un rapport problématique avec le produit.
Enfin cette année encore l’équipe du Tamarin a été beaucoup sollicitée pour participer à diverses manifestations et/ou rencontres de travail afin d’élaborer de nouvelles collaborations et/ou stratégies de prévention. Nous noterons en particulier une présence accrue et soutenue auprès des personnes en parcours d’insertion professionnelle ainsi qu’auprès de l’équipe de « L’Envolée», Etablissement et Service d’Aide par le Travail (ESAT) de Creil concernée elle aussi par les problèmes de consommation de produits stupéfiants des personnes handicapées dont elle a la charge.
Claude LEFEVRE
Chef de service
1. ACTIVITE CLINIQUE DU PÔLE PREVENTION LE TAMARIN
1.1 Tableau comparatif des files actives
Ce premier tableau ne comptabilise pas les jeunes et/ou adultes-parents et/ou professionnels rencontrés en dehors du service au cours d’actions de prévention, de séances d’information ou de formation.
Les chiffres indiqués ne concernent que les personnes rencontrées en entretien au service.
Nous consacrerons plus en avant un chapitre spécifique « les actions de prévention » à ce sujet.
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Nombre de jeunes reçus |
397 |
404 |
351 |
|
- dont nouveaux |
342 |
348 |
288 |
|
- dont passages* |
57 |
41 |
52 |
|
Nombre de parents reçus |
121 |
108 |
122 |
|
- dont nouveaux |
96 |
83 |
98 |
|
- dont passages* |
9 |
12 |
9 |
|
Total file active |
518 |
512 |
473 |
* Il s’agit de jeunes et/ou d’‘adultes qui se sont adressés au service afin d’obtenir des informations (plaquettes, aide à la réalisation d’une enquête, d’un devoir, etc.), des conseils, ou des préservatifs. Ces personnes n’ont pas été reçues en entretien individuel ou en groupe.
La file active jeune se compose comme suit :
- 211 jeunes ont été reçus en entretien individuel,
- 52 jeunes sont passés au service afin d’obtenir des informations, des préservatifs ou une aide technique pour rédiger un devoir et/ou une enquête,
- 88 jeunes ont été convoqués pour un stage de sensibilisation aux dangers de l’usage des stupéfiants.
La file active parents se compose comme suit :
- 113 parents ont été reçus en entretien,
- 9 parents sont passés au service afin d’obtenir des informations.
1.2 Taux de renouvellement des files actives
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Jeunes |
86% |
86% |
82% |
|
Parents |
79% |
77% |
80% |
|
Global |
85% |
84% |
82% |
1.3 Les actes honorés
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Nombre actes jeunes |
641 |
671 |
616 |
|
- dont entretiens individuels |
- |
508 |
528 |
|
Nombre actes parents |
218 |
172 |
188 |
|
- dont entretiens sans le jeune |
- |
46 |
79 |
|
- dont entretiens en famille |
- |
114 |
109 |
|
Total actes |
859 |
843 |
804 |
|
- dont nombre entretiens socio-éducatifs |
- |
443 |
356 |
|
- dont nombre entretiens psychologiques |
- |
225 |
293 |
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Nombre moyen d’entretiens/jeune |
2,72 |
2,10 |
2,5 |
|
Nombre moyen d’entretiens/parent |
2 |
1,66 |
1,55 |
La file active globale enregistre cette année une diminution de 8%. Ce fléchissement intéresse essentiellement la file jeune qui est en baisse de 13% par rapport à l’année dernière.
En revanche, et contrairement à l’année précédente, la file active parents est en augmentation de 13%.
Par ailleurs, conséquence de la baisse de la file active globale, nous remarquons une légère diminution (5%) de la globalité des actes réalisés.
Dans le détail, nous avons reçu moins de jeunes en entretien individuel ; 211 cette année contre 241 en 2009. En contre partie nous comptabilisons un nombre d’entretiens individuels en augmentation et un taux moyen d’entretiens par jeune plus élevé.
2. DONNEES CHIFFREES DE LA FILE ACTIVE « JEUNES » RECUE EN ENTRETIEN INDIVIDUEL. LECTURE ET COMMENTAIRES
Les données suivantes sont considérées uniquement à partir de la file active jeune reçue en entretien individuel, soit 211 personnes. Ce chiffre est en diminution de 14% par rapport à l’année précédente.
Il faut noter que les conditions de rencontre avec les autres jeunes intégrés dans la file active globale ne nous permettent pas de recueillir de manière suffisamment renseignée et complète les éléments nécessaires à la saisie des items déclinés ci-dessous.
2.1 Répartition par sexe
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Filles |
47 |
31 |
30 |
|
Garçons |
188 |
210 |
181 |
|
Total |
235 |
241 |
211 |
Le sex ratio est quasi invariable. Il s’établit en moyenne autour de 16% pour les filles et à 84% pour les garçons.
2.2 Tranches d’âge
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Moins de 18 ans |
45 |
49 |
71 |
|
18-23 ans |
112 |
91 |
55 |
|
24-29 ans |
44 |
59 |
44 |
|
30 et plus |
34 |
42 |
41 |
La tranche d’âge la plus représentée concerne cette année les jeunes mineurs qui totalisent 34% de la file active.
Par ailleurs, 40% de la population accueillie au Tamarin avait plus 23 ans. Dans le détail on relève 21% de 24 et 29 ans et 19% de plus de 30 ans.
La personne la plus jeune reçue en 2010 avait 11 ans et la plus âgée 49 ans.
2.3 Moyenne d’âge
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Filles |
21,8 |
19,5 |
20,2 |
|
Garçons |
23,8 |
24,3 |
24,4 |
|
Générale |
23,4 |
23,7 |
23,8 |
Notons au fil des années une très légère augmentation des moyennes d’âge.
2.4 Origine géographique
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Originaires de la région |
234 |
241 |
211 |
|
Originaires du département |
232 |
236 |
210 |
|
- dont originaires de la ville d’implantation du service |
59 |
72 |
58 |
|
Non renseigné |
0 |
0 |
1 |
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Creil |
59 |
72 |
58 |
|
Montataire |
6 |
5 |
11 |
|
Nogent sur Oise |
17 |
21 |
30 |
|
Villers saint Paul |
14 |
9 |
4 |
|
TOTAL |
96 |
107 |
103 |
La totalité des jeunes accueillie au Tamarin est originaire de l’Oise. Près de la moitié d’entre eux (49%) résident dans la communauté de l’agglomération creilloise soit une augmentation de 9% par rapport à 2009.
Dans le détail, parmi les jeunes qui habitent dans l’agglomération creilloise :
- 56% résident à Creil,
- 29% résident à Nogent sur Oise,
- 11% résident à Montataire,
- 4% résident à Villers Saint Paul.
2.5 Logement
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Indépendant |
47 |
43 |
41 |
|
Stable en famille |
148 |
148 |
113 |
|
Stable monoparental |
15 |
29 |
33 |
|
Provisoire ou précaire |
18 |
18 |
20 |
|
SDF |
6 |
0 |
0 |
|
Hébergé en institution |
1 |
1 |
1 |
|
Non renseigné |
0 |
2 |
3 |
89% de la population reçue bénéficie d’un logement stable.
Dans le détail
- 54% des jeunes résident en famille,
- 20% ont un logement indépendant,
- 16% bénéficient d’un hébergement stable dans un contexte de monoparentalité.
10% ont un logement provisoire et/ou précaire.
2.6 Situation professionnelle
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Etudiants |
101 |
85 |
84 |
|
Apprentissage |
15 |
11 |
|
|
Activité rémunérée |
79 |
83 |
69 |
|
Inactifs |
18 |
13 |
45 |
|
Autres |
37 |
45 |
2 |
Les jeunes scolarisés ou en apprentissage représentent le pourcentage le plus élevé de la file active : 45%.
33% des jeunes reçus ont une activité rémunérée.
78% des jeunes accueillis au Tamarin sont de ce point de vue plutôt bien intégrés socialement.
En revanche, on observe une nette progression des jeunes inactifs par rapport à 2009.
2.7 Origine de la demande
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Venus d’eux-mêmes |
42 |
12 |
9 |
|
Famille/Ami |
16 |
10 |
|
|
Services justice |
142 |
161 |
137 |
|
Education Nationale |
28 |
33 |
37 |
|
Services sanitaires |
17 |
4 |
9 |
|
- dont médecin généraliste |
- |
2 |
5 |
|
- dont psychiatre |
- |
- |
1 |
|
- dont pédopsychiatre |
- |
- |
2 |
|
- dont CSST |
- |
- |
1 |
|
- dont services hospitaliers |
- |
2 |
0 |
|
Services sociaux |
2 |
5 |
8 |
|
- dont AS du commissariat |
- |
- |
3 |
|
- dont Maison des Ados (CG) |
- |
- |
1 |
|
- dont MSF (CG) |
- |
- |
3 |
|
- dont CHRS |
- |
- |
1 |
|
Associations |
0 |
3 |
1 |
|
Services téléphoniques |
2 |
1 |
0 |
|
Autres |
- |
5 |
0 |
|
Non renseigné |
2 |
0 |
0 |
Les orientations de la justice restent, en pourcentage les plus fréquentes (65%) mais contrairement aux années précédentes elles sont en légère diminution. Cette dernière est en partie compensée par une augmentation des indications de l’Education Nationale et des services sanitaires.
Dans le détail :
- Les adressages de l’Education Nationale sont réalisés majoritairement (57%) par les assistantes sociales des collèges et par les infirmières des lycées (19%).
- Les indications du sanitaire sont pour la première fois effectuées majoritairement par les médecins généralistes (56%). Autre fait nouveau, deux orientations ont été réalisées par un pédopsychiatre et une par un médecin psychiatre.
En revanche les venues spontanées continuent à décroître.
La diversité des sources d’indications est plutôt un signe de bonne appréciation du service auprès de notre partenariat.
2.8 Les actes
|
|
2009 |
2010 |
|
Nombre d’actes jeunes reçus en entretien individuel |
508 |
528 |
|
Actes qui concernent les orientations justice |
166 (33%) |
137 (26%) |
|
- dont retour « récidive » |
22 (13%) |
26 (19%) |
|
Prise en charge non aboutie * |
68 (13%) |
70 (13%) |
|
- dont obligation de soin |
14 (21%) |
41 (59%) |
|
- dont rappel à la loi |
15 (22%) |
11 (16%) |
|
- dont autres |
39 (57%) |
18 (26%) |
* Cet item concerne des jeunes qui sont venus au moins une fois mais ne se sont pas représentés aux entretiens suivants et pour lesquels nous n’avons donc pas établi d’attestation de fin de suivi.
Ce tableau fait ressortir deux indicateurs
- le taux de « récidive » c'est-à-dire de jeunes que nous avons déjà reçus et qui reviennent au Tamarin à nouveau sous pression de la justice est plus important que l’année dernière.
Il progresse de 6%.
- le taux de prise en charge « non aboutie » (calculé sur la totalité des actes) est identique à celui de 2009. Il concerne en revanche beaucoup plus fréquemment (hausse de 38%) des personnes sous mesure d’obligation de soin.
Nous ne possédons pas d’information sur les suites données par les services de la justice vis à vis des jeunes qui n’assurent pas régulièrement leur accompagnement au Tamarin ou qui décident de l’interrompre prématurément. Dans ce cas de figure, nous ne délivrons pas l’attestation de fin de suivi qui leur aurait permis de justifier leur démarche auprès des autorités concernées.
Qu’elles sont les conséquences de cette non-observance de la mesure ? Quelles réponses et/ou procédures sont alors mises en œuvre par les instances judiciaires ?
Pour qu’elle prenne réellement sens il nous semble que la mesure prononcée nécessite une implication de la personne suivie sous main de justice ainsi qu’une certaine rigueur de l’encadrement, qui doit s’assurer qu’elle aura bien été menée jusqu’à son terme. Rappelons l’adage latin idoine : « Dura lex sed lex » (« La loi est dure, mais c’est la loi »), sous-entendu : la loi s’impose dans toute sa rigueur.
2.9 Les orientations préconisées par l’équipe
|
|
2009 |
2010 |
|
Vers un CSST |
2 |
2 |
|
Vers le CCAA |
1 |
7 |
|
Vers le médecin généraliste |
5 |
17 |
|
Vers l’hôpital général |
0 |
0 |
|
Vers le CMPP/CMP |
5 |
17 |
|
Vers l’Unité d’Accueil d’Urgence (UAU Psychiatrie) |
3 |
1 |
|
Vers un service social (CPAI, ADAVIJ, Foyers) |
0 |
4 |
|
Vers pôle emploi/Mission locale/Organismes formation |
- |
31 |
|
Sans orientation ou fin de suivi |
71 |
163 |
|
En cours de prise en charge |
139 |
44 |
|
Activités sportives et/ou culturelles |
- |
72 |
Deux types d’orientation ont été développés cette année de façon significative, en direction :
- Des médecins généralistes. Cette recommandation concerne essentiellement, d’une part, des jeunes mineurs qui présentent des troubles du sommeil passagers ou persistants, d’autre part, des adolescents et des jeunes adultes qui souhaitent s’engager dans une démarche d’abstinence vis-à-vis du cannabis et nécessitent donc, de notre point de vue, une prescription médicamenteuse complémentaire de l’aide psycho-éducative apportée par notre équipe.
- Des Centres Médico-Psycho-Pédagogiques et des Centres Médico-Psychologiques (pour les plus de 16 ans ou 18 ans). Ces indications « ciblent » des adolescents confrontés à une souffrance psychique persistante qui nécessite un accompagnement au long cours de type psychothérapeutique (ce que ne permet pas le cahier des charges de notre structure), voire une prescription médicamenteuse par un psychiatre.
77% des jeunes accueillis concluent leur prise en charge sans qu’aucune orientation n’ait été préconisée. Il s’agit d’une fin de suivi (après 2 ou 3 entretiens) prononcée par le professionnel du Tamarin qui juge alors que la situation ne requiert plus un accompagnement spécialisé ou qu’elle s’est régularisée et/ou améliorée.
Il est toujours indiqué aux jeunes concernés qu’en cas de besoin ou dès qu’ils le souhaitent, ils pourront à nouveau être reçus au service.
2.10 Les suivis sous main de justice
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Nombre de personnes suivies sous main de justice * |
217 |
136 |
137 |
|
- dont obligations de soins |
32 |
36 |
52 |
|
- dont injonction thérapeutique |
0 |
0 |
0 |
|
- dont travail d’intérêt général |
0 |
0 |
0 |
|
- dont réparation pénale |
2 |
5 |
0 |
|
- dont « rappel à la loi » |
183 |
84 |
73 |
|
- dont contrôle judiciaire |
0 |
11 |
9 |
|
- dont autres (précisez) * PJJ/AEMO renforcée |
0 |
0 |
3 |
* hors stage de sensibilisation
En pourcentage, nous observons globalement une légère augmentation (5%) du nombre de personnes suivi sous main de justice. Cependant, on note une réduction des indications « rappels à la loi » (12%), certes largement contrebalancée par l’augmentation massive des obligations de soin (44%).
2.11 Les usagers de cannabis
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Nombre de jeunes adressés pour usage de cannabis |
172/235 (73%) |
189/241 (78%) |
165/211 (78%) |
|
Nombre de parents concernés par un usage de leur enfant |
65/109 (60%) |
60/96 (62%) |
56/113 (50%) |
Type d’usage*
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Expérimental |
0 |
2 |
2 |
|
Occasionnel |
26 |
39 |
39 |
|
Festif |
14 |
16 |
22 |
|
Régulier |
65 |
73 |
70 |
|
Dépendance |
23 |
17 |
23 |
|
Non renseigné |
44 |
42 |
9 |
* Pour les jeunes reçus en entretien individuel uniquement. Seul ce type de rencontre permet de mener une évaluation du rapport qu’entretient l’usager à sa consommation.
Le pourcentage d’usagers de cannabis accueillis au Tamarin est le même que l’année précédente. En revanche, on observe une baisse relativement significative du pourcentage (12%) des parents concernés par un usage de cannabis de leur enfant mineur.
Concernant le type d’usage, nous observons
- 1% sont des fumeurs expérimentaux.
- 39% des jeunes sont des usagers occasionnels et/ou festifs.
- 45% des jeunes rencontrés sont des consommateurs réguliers (10 fois - ou plus - lors du mois précédent). Ici se situe le seuil des usages dits problématiques de cannabis : le produit est alors utilisé sur un mode auto-thérapeutique, même si spontanément réversible, pour amenuiser un mal-être plus ou moins prononcé.
- 14% sont des consommateurs dépendants. La réalité et la fréquence de ces usages addictifs de cannabis, qui excédent nos limites techniques, nous conduisent à travailler en lien avec nos collègues du Centre de Soins Spécialisés aux Toxicomanes.
L’addition des deux derniers items révèle que plus de la moitié (59%) des usagers de cannabis reçus cette année dans notre service ont fait un usage problématique de ce produit. Cette réalité, d’une part, met en lumière la justesse de la majorité des indications faites aux consommateurs de cette substance, d’autre part, voue notre équipe à développer et à affiner ses réponses internes et partenariales.
En complément de ces commentaires statistiques, notre attention a été attirée en 2010 par la recrudescence de situations cliniques précises :
- Les jeunes fumeurs de cannabis qui viennent hors mesure judiciaire. Ces personnes nous sollicitent clairement pour « arrêter ». Comment ces usagers de cannabis prennent-ils conscience du caractère problématique de leur consommation ? Les professionnels savent certes que la précocité de l’usage de cannabis corrèle fortement un abus ou une dépendance actuelle ou à venir, mais qu’en est-il des consommateurs eux-mêmes ?
- Les adolescents et les jeunes adultes qui achètent sur Internet des produits destinés à remplacer une consommation régulière ou addictive de cannabis et/ou accélérer l’élimination du THC par l’organisme (dans l’optique d’un contrôle urinaire ou sanguin). Ces stratégies sont également mises en œuvre par certains consommateurs d’ecstasy, qui achètent un produit présenté comme « l’alternative aux psychostimulants » : la méphédrone.
- Les collégiens renvoyés de leur établissement. La décision d’exclusion définitive est motivée par l’association d’un refus de travailler et d’un comportement violent. Ces jeunes nous sont orientés par l’assistante sociale scolaire et viennent, au moins pour le premier entretien, accompagnés par leurs parents. Bousculant le cadre jusqu’à se retrouver hors cadre, ils apparaissent comme les « maillons faibles » d’une organisation sociétale où le « monde » des institutions soutient de moins en moins les individus, leur offre de moins en moins de garanties en termes de contenance protectrice et de stimulation valorisante.
- Les adolescents dont les parents font des enfants alors qu’ils sont séparés : « l’enfant symptôme » est alors soit le jeune qui s’adresse à nous, soit un de ses frères et sœurs.
3. DONNEES CHIFFREES DE LA FILE ACTIVE « PARENTS » RECUS EN ENTRETIEN.
LECTURE ET COMENTAIRES.
Les données suivantes sont considérées uniquement à partir de la file active parents reçue en entretien soit 113 personnes.
3.1 Origine de la demande
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Venus d’eux-mêmes |
29 |
23 |
43 |
|
Via la communauté éducative |
23 |
19 |
32 |
|
Via les services justice |
29 |
32 |
19 |
|
Via les travailleurs sociaux |
0 |
5 |
7 |
|
Via leur médecin généraliste |
5 |
2 |
3 |
|
Via les services hospitaliers |
0 |
1 |
0 |
|
Sollicités par leur propre enfant |
5 |
7 |
- |
|
Autres |
0 |
1 |
4 |
|
Plaquettes, numéros verts |
- |
- |
4 |
|
Non renseigné |
21 |
6 |
1 |
Le plus souvent, l’entourage familial (38% de la file active) s’est présenté de lui même au Tamarin. Ce pourcentage est en nette augmentation par rapport à l’année précédente (24% de la file active 2009).
En revanche, les orientations de la justice ne représentent que 17% de la file active, contre 33% l’année précédente.
Par ailleurs, 28% des parents ont été orientés par la communauté éducative contre 20% l’année dernière. Dans le détail, 81% d’entre eux ont été adressés par les assistantes sociales des collèges en particulier, ceux de Creil (Havez, Michelet, Rousseau) et celui de Mouy (Romain Rolland).
3.2 Nature de la demande
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Conseils |
62 |
63 |
68 |
|
Informations |
10 |
13 |
12 |
|
Soutien |
33 |
20 |
29 |
|
Pour un enfant mineur |
75 |
70 |
90 |
|
Autres |
- |
- |
4 |
Comme à l’habitude les parents accueillis au Tamarin sont en recherche de conseils pour faire face aux problèmes comportementaux que pose leur adolescent.
Environ 80% de ces personnes viennent pour un enfant mineur, c’est en l’occurrence en forte augmentation (29%) par rapport à l’année 2009.
3.3 Liens de parenté
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Mères |
66 |
62 |
63 |
|
Pères |
26 |
20 |
29 |
|
Beaux-parents |
3 |
2 |
1 |
|
Frères/Soeurs |
7 |
4 |
11 |
|
Grands-parents |
0 |
0 |
1 |
|
Conjoints |
0 |
1 |
1 |
|
Oncles/Tantes |
1 |
1 |
1 |
|
Autres |
9 |
6 |
6 |
La file active de l’environnement familial des jeunes est composée de :
- 59% de mères,
- 27% de pères,
- 10% de frères et/ou de sœurs.
3.4 Origine géographique
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Région |
107 |
96 |
92 |
|
Département |
107 |
96 |
78 |
|
Ville d’implantation du service |
20 |
22 |
25 |
|
Non renseigné |
5 |
0 |
21 |
|
dont agglomération creilloise |
2009 |
2010 |
|
- Creil |
22 |
25 |
|
- Montataire |
1 |
4 |
|
- Nogent sur Oise |
8 |
10 |
|
- Villers Saint Paul |
0 |
3 |
|
TOTAL |
31 |
42 |
85% des parents reçus au Tamarin pour lesquels nous avons cette information sont originaires du département de l’Oise. Parmi ces personnes 54% résident dans l’agglomération creilloise, dont :
- 60% à Creil,
- 24% à Nogent sur Oise,
- 10% à Montataire,
- 7% à Villers Saint Paul.
Nous observons une progression de 24% concernant les adultes qui se sont présentés au Tamarin et qui habitent dans l’une des quatre villes qui composent l’agglomération creilloise.
3.5 Les orientations préconisées par l’équipe
|
|
2010 |
|
Vers une Maison de la Solidarité et de la Famille (MSF) |
18 |
|
Vers une Consultation Médico-Psychologique (CMP) |
2 |
|
Vers le Centre d’Information des Droits de la Femme (CIDF) |
1 |
|
Vers l’Association (ADAVIJ) |
4 |
|
Vers le Tribunal |
1 |
|
En cours de prise en charge |
36 |
La majorité de ces orientations concerne les Maisons de la Solidarité et de la Famille. Cette préconisation est surtout suggérée à des parents qui ont implicitement ou explicitement besoin que leur fils ou leur fille adolescent cède sur une attitude de rejet « tout puissant » de leur autorité. Il est important de rappeler à ces adultes qu’ils ont le droit de solliciter, en plus d’une guidance dans nos locaux, l’intervention éducative à domicile des services sociaux et qu’un tel recours n’est ni infâmant ni catastrophique. La portée de cette information est maximale lorsque nous la délivrons et l’argumentons en présence du jeune concerné.
Par ailleurs, les problèmes éducatifs rencontrés par certains parents ont des résonnances négatives sur leur santé mentale. Pour cette raison, en parallèle à la guidance que nous leur proposons, nous conseillons alors à ces personnes d’effectuer une démarche psychothérapeutique personnelle, soit dans un Centre Médico-Psychologique, soit auprès d’un professionnel en libéral formé à ce type de prise en charge (la plupart des psychologues, certains psychiatres). Notons toutefois que de nombreux parents en souffrance psychique importante sont déjà engagés dans ce « travail sur soi » ou/et bénéficient d’une prescription médicamenteuse par un médecin généraliste ou (plus rarement) par un psychiatre. Notons que chez ces personnes, l’impact de la « crise » de leur adolescent a soit conflué avec une souffrance existante, soit fait « éclore » ou « réveillé » une souffrance préexistante (parfois en lien avec leur propre adolescence).
4. PRISE EN CHARGE GROUPALE DES USAGERS DE CANNABIS
4.1 Tableau comparatif
|
|
2008 |
2009 |
2010 |
|
Nombre de groupes « rappel à loi » * |
7 |
0 |
0 |
|
-dont nombre de jeunes adressés |
75 |
0 |
0 |
|
-dont nombre de jeunes reçus |
59 |
0 |
0 |
|
Nombre de » stages de sensibilisation »** |
1 |
8 |
7 |
|
- dont nombre de jeunes adressés |
17 |
143 |
120 |
|
- dont nombre de jeunes reçus |
17 |
114 |
88 |
|
Total des jeunes adressés |
76 |
143 |
120 |
|
Nombre de groupes autres |
0 |
1 |
0 |
|
- dont nombre de jeunes reçus |
0 |
8 |
0 |
|
Total des jeunes reçus |
76 |
122 |
88 |
* Les » rappels à la loi » nous sont désormais uniquement adressés en entretien individuel. Nous n’organisons plus de groupe rappel à la loi depuis décembre 2008, date de la mise en place des stages de sensibilisation.
**Orientations des Procureurs vers un stage de « sensibilisation aux dangers de l’usage de produits stupéfiants » dans le cadre des alternatives aux poursuites pour consommation (majoritairement), de cannabis.
4.2 Les stages de sensibilisation
Afin d’assurer leur intervention les professionnels du Tamarin se déplacent à la Maison de la Justice et du droit de Creil où sont convoqués les stagiaires.
4.2.1 Tableau comparatif
|
|
2009 |
|
2010 |
||
|
|
Jeunes adressés |
Jeunes présents |
|
Jeunes adressés |
Jeunes présents |
|
22 et 23 Janvier |
19 |
17/19 |
29 Janvier |
21 |
17 |
|
19 et 20 Février |
17 |
12/13 |
26 Février |
20 |
16 |
|
13 Mars |
16 |
13 |
Mars |
|
|
|
10 Avril |
15 |
11 |
2 Avril |
16 |
9 |
|
15 Mai |
20 |
13 |
7 Mai |
15 |
10 |
|
26 Juin |
24 |
19 |
Juin |
|
|
|
Juillet |
|
|
Juillet |
|
|
|
Août |
|
|
Août |
|
|
|
18 Septembre |
|
|
24 Septembre |
22 |
16 |
|
16 Octobre |
|
|
22 Octobre |
13 |
11 |
|
20 Novembre |
21 |
17 |
26 Novembre |
13 |
9 |
|
11 Décembre |
11 |
9 |
Décembre |
|
|
|
TOTAL |
143 |
114 |
TOTAL |
120 |
88 |
En 2010, 7 stages de sensibilisation aux dangers de l’usage de produits stupéfiants ont été organisés (contre 8 en 2009).
120 personnes ont été adressées vers ces stages 88 d’entre elles se sont présentées.
En d’autres termes, 27% des personnes concernées par cette mesure d’alternative aux poursuites ne se sont pas présentées au stage.
4.2.2 La participation du Tamarin aux stages de sensibilisation aux dangers de l’usage de produits stupéfiants.
(Pascal HACHET, psychologue)
Depuis l’automne 2008, deux membres de notre équipe interviennent au cours de la deuxième journée de ces stages, dont la fréquence est grosso modo mensuelle et dont la maîtrise d’œuvre est assurée par l’Association Enquête Médiation (AEM), sous l’autorité du Parquet du Tribunal de Senlis. Après l’apport pédagogique dispensé en première journée par Mr le Procureur (au sujet de la législation sur stupéfiants) puis par le Dr Schwartz (au sujet de l’action des stupéfiants [1] sur le système nerveux central), nous lançons un débat interactif avec les stagiaires au sujet de leurs représentations et expériences en matière de risques liés à la consommation de cannabis (ou d’autres produits, pas toujours classés « stupéfiants » d’ailleurs, tels l’alcool et le tabac…)[2].
Sur le plan technique, nous procédons en sept temps :
(1) Nous indiquons rapidement nos fonctions professionnelles et la raison de notre intervention dans ce stage. Nous insistons d’entrée de jeu sur la diversité des rapports au cannabis (expérimental, occasionnel ou festif, régulier, addictif) que nous observons dans notre pratique. Le message est le suivant : nous n’allons ni encenser ni diaboliser le cannabis et ses utilisateurs.
(2) Nous prenons ensuite le risque (!) d’inviter les stagiaires à « crever l’abcès » au sujet de leur mécontentement, d’emblée perceptible, de se trouver là, au moyen de la « question qui fâche » : « Que pensez-vous de la loi sur les stupéfiants (et, donc, en ce qui vous concerne, de l’existence des stages de sensibilisation) ? ». Vives et cacophoniques, les réponses fusent aussitôt ; elles sont toutes négatives et plaintives [3]. Le groupe prend des allures de « cour des miracles » : tous les stagiaires considèrent que la loi est trop sévère, inégalitaire (puisque certains produits dangereux sont interdits et d’autres - alcool, tabac - non) et, par là même, absurde et « inassimilable ». Le sujet est si sensible pour eux qu’il tend à abolir leur discernement : ils ne peuvent, ou ne veulent alors plus, distinguer les notions de « dépénalisation » et de « légalisation ». Le débordement et la confusion guettent… mais une fois que le contenu de la boîte de Pandore est sorti, le groupe est moins « sur les nerfs » et récupère une certaine capacité à penser.
(3) Nous tentons alors d’introduire de la nuance dans les points de vue et de les articuler avec notre expérience de la prise en charge psychoéducative de fumeurs de cannabis, au moyen de questions qui impliquent les stagiaires de manière graduelle et, si possible, sous la forme de tours de table :
- « Pensez-vous dire en quelques mots ce que vous cherchiez et ce que vous avez trouvé au début de votre consommation de cannabis ? »
On note que certains stagiaires utilisent le « joint » comme un « attracteur » ou « aspirateur » de fatigue : les effets sédatifs du cannabis envelopperaient cette dernière et permettraient (par condensation psychophysiologique) de la ressentir de façon très forte mais également brève et, donc, de manière paradoxale, de surmonter plus rapidement cette fatigue.
- « Avez-vous remarqué des changements dans votre consommation au fil du temps ? Avez-vous augmenté les doses ? Avez-vous recherché d’autres effets ? »
Certains participants décrivent alors sans ambiguïté un passage progressif du plaisir à la contrainte de fumer, voire à une addiction avérée. Les « aveux de dépendance » sont écoutés par tous avec gravité. Les trublions retiennent alors leurs sarcasmes et les « endormis » font preuve d’attention.
- « Avez-vous déjà essayé d’arrêter de consommer du cannabis ? Si c’est le cas, comment cela s’est-il passé ? »
Nous comparons l’arrêt de cette consommation avec le processus du deuil, où le fait de se cramponner au souvenir des expériences (bonnes ou mauvaises) partagées avec le disparu freine l’acceptation de la perte.
- « Comment faites-vous pour contrôler votre consommation ? »
- « Pouvez-vous imaginer votre vie sans usage de cannabis ? A quelles conditions votre consommation pourrait-elle cesser ? »
(4) Au gré des réponses des stagiaires, nous traitons alors des risques qui peuvent être liés à une consommation de cannabis : les risques pour la santé (physique et psychique), les risques relationnels (amis, famille), les risques pour la scolarité (altérations de la concentration, de la mémoire et de la motivation), les risques pour la conduite d’engins motorisés (déficit de vigilance, distorsions sensorielles) et les risques pour la vie professionnelle (à l’embauche puis au travail).
(5) Nous utilisons des supports vidéo pour faire rebondir les échanges :
- En fin de matinée, un documentaire assez généraliste sur le cannabis (40 minutes).
Nous « appâtons » les stagiaires par une insistance sur la diversité des points de vue exprimés dans ce support. Nous « exemplifions » ce « bouquet » multicolore par des références discrètes à des situations cliniques que nous rencontrons. En effet, cette substance peut être consommée tant à des fins d’expérimentation et d’amusement que dans un but « auto-thérapeutique », voire dans une logique de « défonce ». Comme le formule Yves Casu, « le cannabis est le couteau suisse des substances psychoactives ».
- En début d’après-midi (et depuis peu), une douzaine de séquences (35 minutes au total) conçues par l’Association Prévention Routière et consacrées au thème « alcool, cannabis et conduite ». Le visionnage de témoignages de personnes gravement blessées à la suite d’un accident de la route sous emprise d’une substance psychoactive et le fait que la plupart des stagiaires soient conducteurs confèrent alors une certaine gravité à la discussion qui s’ensuit…
(6) Nous « administrons » aux stagiaires deux questionnaires confidentiels, dont nous accompagnons avec soin, question par question, la passation :
- L’un, conçu par et pour Le Tamarin, vise à recueillir des données précises sur l’expérience des stagiaires en matière d’usage de substances psychoactives. Cet outil (dont nous avons exposé les premiers résultats dans notre Rapport d’activité 2009) est présenté comme une petite contribution « à la science ». Eloquemment, nous lisons avec régularité que le principal danger du cannabis, « c’est qu’il est interdit par la loi »…
- L’autre est une grille d’évaluation commentée, en forme d’« araignée », des différents éléments du stage.
(7) Nous remettons aux stagiaires des documents relatifs au Tamarin et à la législation sur le cannabis dans les pays de l’Union Européenne ainsi qu’une proposition d’entretien individuel, si besoin et hors mesure judiciaire, avec notre service.
- Certaines personnes payent le stage (comme s’il suffisait de s’acquitter d’une amende) mais ne s’y présentent pas. D’autres n’ont pas payé et ne sont pas venues. Le stage constituant une alternative aux poursuites judiciaires, ces occurrences sont inquiétantes : elles posent la question de l’intégration de la loi en général (des règles, des droits, des devoirs et des obligations) par les individus concernés.
- La forme trop oblongue de la salle et le nombre important de participants (parfois, une vingtaine) engendrent, lorsque les débats montent en puissance, des sous-groupes souvent syntones avec ce qui est en discussion mais qui échappent à notre encadrement et à la mise en commun.
- Malgré le filtrage opéré en amont par l’AEM, certains stagiaires présentent une problématique psychique « décompensée », qui se traduit par l’évocation débridée (aux effets désorganisateurs) de souffrances personnelles. Le stage fournit l’occasion d’un repérage de la souffrance psychique sévère, mais il nous faut alors recadrer ce qui est dit. Une chose est certaine : même si nous voyons les stagiaires dans un cadre précis et ponctuel, non propice à la verbalisation de la subjectivité (très) douloureuse, il serait indécent que nous nous bornions à être spectateurs de telles situations sanitaires dégradées.
Quels « leviers » concevoir pour amener les personnes concernées à rencontrer de façon individuelle un membre de notre équipe ? L’AEM possède les adresses des participants. Nous avons donc décidé de signaler à la coordinatrice les situations qui nécessiteraient une aide psychoéducative personnalisée et rapide, afin qu’elle relaie auprès des intéressés notre offre de prise en charge, sur le mode : « Vous avez exprimé pendant le stage des difficultés personnelles qui gagneraient à être dites et écoutées dans un autre cadre.
C’est pour cela que nous nous permettons de vous recontacter ». Nous avons aussi choisi de dire en préambule de notre intervention que nous ne fermerions pas les yeux face aux stagiaires en état de mal-être prononcé, sans bien sûr les contraindre à « en parler » devant les autres participants.
- Dans les faits, malgré nos invitations répétées au cours de notre intervention, aucun stagiaire n’est ensuite venu nous rencontrer de façon individuelle et hors mesure judiciaire au Tamarin. Il semble que les participants vivent le stage de sensibilisation comme une « séance de torture » qu’ils s’empressent d’oublier (en faisant de même vis-à-vis de l’entretien individuel de « rappel à la loi » assuré par l’AEM avant le stage et que les intéressés qualifient de « pur remontage de bretelles ») dès qu’il prend fin. Cette réalité est contre-productive.
Une bonne partie des stagiaires peut être considérée comme une population « en risque » de développer une consommation problématique de cannabis, mais la forme groupale du stage et son caractère contraignant4 ne permettent pas à notre équipe d’y impulser une prise en charge psychoéducative adaptée à nos « missions princeps » de prévention des risques sanitaires excessifs chez les adolescents et les post-adolescents.
Dans le détail, nous avons vu que les stagiaires sont prompts à développer des revendications au sujet de l’état de la législation française sur les stupéfiants. S’il est clair que ces considérations pourraient trouver utilement place dans divers espaces citoyens [4], nous constatons, groupe après groupe, que le fossé qualitatif net entre la prohibition des substances stupéfiantes et la réglementation d’autres substances psychoactives (alcool, tabac) dont l’usage pose également des problèmes de santé publique tend à enkyster la capacité de pensée des stagiaires : le caractère monolithique de la législation française sur les stupéfiants suscite chez eux des réactions en miroir, elles aussi en bloc ! Ce fait nous paraît questionner la raison d’être de ces stages.
5. LES ACTIONS DE PREVENTION
|
Dates |
Partenaires |
Intitulé de l’action |
Nombre participants |
|
19/01/2010 |
Hôtel des jeunes |
Réunion de travail |
2 professionnels |
|
19/01/2010 |
Centre de jour PJJ |
Réunion de travail |
5 professionnels |
|
26/01/2010 |
ESAT |
Infos-Débat |
42 salariés |
|
28/01/2010 |
ESAT |
Infos-Débat |
45 salariés |
|
01.02.2010 |
Mairie Pont St Maxence |
Réunion préparation |
5 personnes |
|
04/02/2010 |
CAC |
Réunion CUCS |
15 personnes |
|
25/02/2010 |
Collège Villers St Paul |
Infos-Débat Santé |
35 élèves (3ième) |
|
01/03/2010 |
Collège Villers St Paul |
Infos-Débat Santé |
45 élèves (3ième) |
|
04/03/2010 |
Prévention routière |
Réunion de travail |
3 personnes |
|
08/03/2010 |
Maison des Ados (CG) |
Réunion de travail |
1 professionnel |
|
11/03/2010 |
Maison des Ados (CG) |
Réunion de travail |
35 personnes |
|
15/03/2010 |
Hôpital Creil |
Réunion PASS |
35 personnes |
|
18/03/2010 |
Association OISIS |
Débat/Addiction |
30 personnes |
|
26/03/2010 |
CP Liancourt (JAPD) |
Débat/Addiction |
15 détenus |
|
29/03/2010 |
IFSI Clermont |
Module Addictologie |
90 élèves |
|
01/04/2010 |
Adéquation/Creil |
Label Actif |
15 stagiaires |
|
08/04/2010 |
Nogent |
R.E Bury |
15 stagiaires |
|
19/04/2010 |
Creil |
Dynamique « Choix professionnel » |
11 stagiaires |
|
23/04/2010 |
IFSI Clermont |
Module Addictologie |
90 élèves |
|
29/04/2010 |
CCAS Montataire |
Réunion de travail |
8 personnes |
|
03/05/2010 |
Nogent |
Préméa adéquation |
15 stagiaires |
|
12/05/2010 |
Nogent |
Préméa adéquation |
10 stagiaires |
|
18/05/2010 |
Nogent |
Séminaire international SATO |
120 professionnels |
|
01/06/2010 |
Creil/Alice |
Chantier insertion |
22 stagiaires |
|
15/06/2010 |
IRFFE Beauvais |
Module Addictologie |
12 élèves AS |
|
24/06/2010 |
Saint Leu |
Chantier insertion |
16 stagiaires |
|
01/07/2010 |
Collège Gouvieux |
Réunion préparatoire |
3 personnes |
|
17/09/2010 |
MJD |
Réunion de travail |
5 professionnels |
|
21/09/2010 |
Hôtel Sarcus/Nogent |
Chantier insertion |
12 stagiaires |
|
29/09/2010 |
Adéquation Creil |
Chantier insertion |
10 stagiaires |
|
01/10/2010 |
Lycée du Moncel |
Infos-Débat addiction sans drogue |
25 parents |
|
05/10/2010 |
Adéquation Creil |
Stage préparation ASH |
9 stagiaires |
|
18/10/2010 |
Adéquation Creil |
Stage préparation ME/ES |
12 stagiaires |
|
19/10/2010 |
Adéquation Creil |
Stage préparation Sanitaire et Social |
10 stagiaires |
|
05/11/2010 |
Maison des Ados (CG) |
Réunion de travail |
5 professionnels |
|
10/11/2010 |
Collège Villers St Paul |
Santé/Jeunesse (CG) |
60 professionnels |
|
17/11/2010 |
Château des Rochers |
Assises Politique de la ville |
150 personnes |
|
19/11/2010 |
Château des Rochers |
Phobie scolaire |
300 personnes |
|
10/12/2010 |
Lycée Rotchild |
CESC |
15 personnes |
|
15/12/2010 |
Conseil Général |
Santé/Jeunesse |
100 personnes |
Les rencontres avec les professionnels de l’ESAT (Etablissement et Service d’Aide par le Travail) « L’Envolée » préparées l’année dernière ont eu lieu cette année. Ces deux séances de travail ont réuni 97 salariés.
Deux rencontres infos-Débat-Santé se sont déroulées au collège Lambert de Villers Saint Paul et ont concerné 90 élèves des classes de troisième.
Des sessions de formation sur l’addictologie se sont déroulées :
- à l’IFSI de Clermont. Elles ont regroupé 180 étudiants,
- à l’IRFFE de Beauvais pour 12 élèves assistants de service social.
Comme évoqué en introduction nous avons beaucoup été sollicités pour intervenir auprès de jeunes ou moins jeunes en parcours d’insertion professionnelle, dans le cadre des chantiers d’insertion ou dans des stages de formation qui préparent aux carrières sociales. Tout au long de l’année nous avons rencontré 157 stagiaires dans 11 stages.
Par ailleurs, 15 jeunes détenus ont été rencontrés au centre pénitentiaire de Liancourt dans le cadre de la Journée d’Appel à la Préparation à la Défense (JAPD). Notre intervention a eu pour thème « La prévention routière liée aux risques engendrés par l’usage de produits psycho-actifs ».
Deux rencontres Infos-débat ont été organisées :
- pour l’association OISIS *. Cette soirée thématique autour des dangers liés à l’usage de drogue a regroupé 30 personnes,
- au Lycée Joseph du Moncel de Pont Sainte Maxence pour 25 parents. Au cours de leur Assemblée Générale, ces personnes ont souhaité recevoir des informations sur les addictions sans drogue et les éventuels dangers liés à l’utilisation de « Facebook » ainsi que sur la présentation des services spécialisés susceptibles de prendre en charge ce type de difficultés.
Dans le cadre des journées Santé/Jeunesse organisées par le Conseil Général de l’Oise notre intervention au collège Emile Lambert de Villers Saint Paul a permis de rencontrer et d’échanger avec 60 professionnels et partenaires locaux sur les problèmes liés à la consommation de drogue ainsi qu’aux addictions en général.
La tenue d’un stand aux « Assises de la politique de la ville de la Communauté de l’Agglomération Creilloise » organisées aux Château des Rochers à Nogent sur Oise a permis à notre équipe de rencontrer 150 personnes.
Diverses réunions de travail avec :
- nos partenaires sanitaires de l’hôpital de Creil,
- nos partenaires du Conseil Général (en particulier l’équipe de la Maison des Ados de Creil),
- l’association des Orphelins d’Auteuil (l’équipe de l’Hôtel Social de Creil),
- le centre de jour de la Protection Judiciaire de la Jeunesse de Creil,
- le groupe « Prévention des toxicomanies » de Montataire,
- l’équipe de la Maison de la Justice et du Droit de Creil,
- et dans le cadre de notre participation à divers CESC d’établissements scolaires, nous ont permis de présenter notre activité et/ou d’envisager de nouvelles collaborations de travail.
Enfin l’équipe du Tamarin a participé, à l’initiative du docteur Bapt-Cazalets pédopsychiatre à la Nouvelle Forge et en association avec l’ADSEAO, JCLT, les Apprentis d’Auteuil et les PEP 60 au colloque « Entre décrochage scolaire et phobie scolaire ». Cette journée de travail et d’échange organisée au Château des Rochers de Nogent sur Oise a réuni 33O personnes.
* Ce Groupe d’Entraide Mutuelle est un espace d’accueil et d’amitié où des personnes en souffrance psychique peuvent se retrouver, s’entraider, organiser des activités visant au développement personnel et créer des liens. Ce Gem a pour objectif de rompre l’isolement, de restaurer les liens sociaux et de redonner confiance en soi. C’est un espace pensé et organisé au quotidien par les adhérents eux-mêmes, avec l’aide d’animateurs salariés et bénévoles. Par ailleurs, ce lieu a pour vocation d’informer et non de soigner. En effet, il permet de renseigner ou d’orienter les patients ou les proches.
6. PERSPECTIVES
Comme précisé dans l’introduction, au cours de l’année 2011 l’équipe du Tamarin devra concrétiser son intégration dans le CSAPA de Creil. Des rencontres et des réunions de travail sont prévues dés janvier prochain. Il s’agira d’envisager de manière pragmatique et en collaboration avec l’équipe du centre de soins comment lier davantage le travail des uns et des autres dans une perspective d’objectifs et d’actions réalisés au plus près des besoins des populations.
Comme le démontre ce rapport d’activité et les précédents notre dispositif participe activement et depuis de nombreuses années aux pratiques de prévention des toxicomanies. Elles ciblent l’ensemble des consommations de produits psycho-actifs, intègre les différents usages (précoces, abus, poly-consommation) et diversifient les réponses selon les publics (jeunes scolarisés, parents, professionnels, groupes spécifiques ou population générale). Faire en sorte que la prévention devienne dorénavant une réelle composante du projet CSAPA, en particulier en confortant la dimension de prévention secondaire auprès des jeunes consommateurs de produits licites et/ou illicites, tel est le défi…
Par ailleurs, nous souhaitons entreprendre une recherche-action au sujet des réponses médicales face aux consommateurs de cannabis :
- D’abord nous nous proposons de contacter les médecins généralistes du Sud de l’Oise et l’équipe de la Consultation Cannabis du CASA (Clermont de l’Oise), sans omettre de passer en revue la littérature scientifique, pour établir un état des lieux des pratiques ad hoc (prescription médicamenteuse ou non face aux usages de cannabis en général ou non, pour cibler des symptômes « psy » visibles et concomitants - par exemple, un état dépressif marqué - ou non, etc.).
- Ensuite nous identifierons les médecins intéressés par cette clinique et nous leur ferons une proposition de travail claire : nous constituerons une cohorte de jeunes adultes (plus de 25 ans) reçus au Tamarin de façon régulière (dans le cadre d’une mesure judiciaire d’obligation de soins) et qui souhaiteraient remettre en question un rapport problématique entretenu avec le cannabis.
- Nous adresserons ces personnes à un médecin, en complément de leur prise en charge au Tamarin, et les informerons du caractère expérimental de ce partenariat.
7. REFLEXIONS CLINIQUES
7.1 Un article
CES ADOS QUI SE « RATATINENT »
(Pascal HACHET, psychologue)
Problématique
C’est un fait : les prises de risques excessives à l’adolescence ne prennent pas toujours la forme de comportements « extravertis ». De nombreux jeunes qui sont mal dans leur peau « pètent un câble » par l’immobilité ou l’inertie et par l’évitement des relations et des situations. C’est comme s’ils s’affaissaient alors sous l’effet d’une invisible hémorragie mentale…
Cette réalité a été observée et commentée par plusieurs auteurs. Duez (2005) remarque que « le passage à l’acte le plus fréquent des adolescents n’est pas […] actif mais l’attaque par la passivité du milieu familial et social ». Il précise que c’est souvent après ce temps de passivité que « l’adolescent passera sur des formes plus actives de passage à l’acte, susceptibles d’entraîner une réponse active de l’environnement » (ibid.). Marcelli (2007) discerne dans ce phénomène la marque d’une nouvelle exigence sociale : l’individualisme ambiant, qui pousse l’adolescent « à s’engager dans une déconstruction de toute forme d’intersubjectivité pour s’affirmer dans une subjectivité solipsiste, véritable fantasme du sujet contemporain ». De façon corrélative, Maïdi (2008) repère que les adolescents traumatisés ont souvent souffert d’une situation environnementale régie par du « trop de pas assez » (et, donc, pas toujours par du « trop de trop »).
Mon expérience clinique suggère que les adolescents qui se mettent en danger « par le dedans » :
- Souffrent moins d’un manque de limites que d’inhibitions et de blocages psychologiques, comme dans la « névrose commune » de l’adulte.
- Rencontrent (eux aussi) des difficultés scolaires. Ils n’ont certes pas besoin d’être sermonnés ou punis, voire exclus, par la communauté éducative, puisque leur mal-être les isole, les retranche et tend à les faire « s’évanouir » en tant que « sujets » de parole et de désir [5]. Educateurs et soignants ont à « penser » des interventions capables de « réanimer » ces adolescents pré-effondrés ou semi-effondrés sans provoquer une grave décompensation psychique (à les décramponner d’une position « à flanc d’abîme » sans les faire chuter en eux-mêmes).
- Expriment volontiers des plaintes somatiques [6] à tonalité dépressive et / ou phobique.
- Suscitent moins l’exaspération de ses proches que leur inquiétude.
Une observation clinique
L’observation d’Alexandre illustre en partie ces considérations.
Cet adolescent a 13 ans et aborde la puberté. Je le rencontre avec sa mère, qui est à l’origine de sa venue [7]. Alexandre est un bon élève, mais il souffre d’une « angoisse scolaire » dont le contexte de surgissement est atypique. Ce jeune n’est pas saisi par l’angoisse lorsqu’il se trouve à l’intérieur de l’établissement, mais au moment d’y pénétrer. C’est le franchissement de la limite, matérialisée par une porte métallique et un grillage, entre l’espace non scolaire et l’espace scolaire qui lui pose problème. Une fois dedans, tout va bien. Alexandre situe l’apparition de cette phobie suite à une altercation avec un « grand », qui ne l’a ni frappé ni menacé et a été puni. Un matin, derrière la porte du collège que les surveillants venaient de refermer, il a crié à sa mère et à sa grand-mère, qui venaient de le déposer en voiture : « Ne me laissez pas tomber ».
Alexandre a quelques amis sûrs, qui lui transmettent les cours et passent un peu de temps auprès de lui. Mais son angoisse tend à faire tache d’huile, au point de le clouer parfois au lit dés le réveil. Il ferme alors la porte de sa chambre à clé, ce qui oblige sa mère - alors folle d’inquiétude - à parlementer avec lui pour qu’il déverrouille la serrure. Le médecin de famille lui a prescrit un traitement anxiolytique, sans effet.
En l’état, je communique à cet adolescent une hypothèse « basique » : sa peur de passer dans un espace où il est voué à se trouver pendant la première partie de son adolescence (puisque deux ans le séparent encore de la fin du collège) traduit peut-être son appréhension - commune à cet âge - de quitter l’enfance pour affronter l’entre-deux pas toujours serein et source de multiples interrogations que constitue la puberté.
Plusieurs entretiens se déroulent. Le collège a décidé de mettre en place des cours à domicile. Alexandre est l’aîné d’une fratrie de trois et s’entend bien avec son cadet et sa benjamine. Il déplore simplement un écart d’âge marqué avec eux. Je souligne : « De sorte que tu ne peux pas t’appuyer sur un frère ou une sœur adolescent ou en passe de l’être ». Sa mère l’accompagne lorsque nous nous rencontrons. Je sens qu’il est important de les recevoir ensemble dans un premier temps. Je m’enquiers de la vie en famille. Les parents de l’adolescent ont divorcé il y a un an et demi. Sa mère a quitté le domicile conjugal et emmené ses trois enfants lorsqu’une nièce a dénoncé des attouchements sexuels commis par le père. Ils vivent à présent chez les grands-parents d’Alexandre, dans une maison spacieuse. Le père de l’adolescent est violent et procédurier. Bien que la justice ait attribué la garde des enfants à son ex-épouse et brandi la menace d’une déchéance de ses droits parentaux, il entretient un climat d’anxiété : il fait savoir par personnes interposées qu’il n’en restera « pas là ». Alexandre refuse de le revoir. Charmant jusqu’au mariage, cet homme s’est révélé odieux une fois l’anneau passé ! Je pense alors : « Dès qu’il a fait rituellement franchir la porte de leur logement à sa jeune épousée ». Je risque à haute voix un parallèle entre le sentiment d’insécurité éprouvé par la mère et la peur bizarre qui
étreint son fils. Je m’adresse ensuite à ce dernier : « Ta mère a pris la porte avec toi pour fuir la violence de ton père. Je me demande si ta peur de passer la porte de l’école n’est pas une façon d’aider ta mère, comme si tu voulais lui dire « Regarde, tu n’es plus toute seule. Moi aussi je suis capable d’avoir très peur lorsqu’il s’agit de franchir une porte. Je veux avoir peur à ta place, pour que tu ailles mieux et que tu continues à m’aimer. En plus, puisque je reste à la maison, je te protège contre Papa. Je ne le laisserai jamais entrer et te faire du mal. Je suis ton « chevalier en culotte courte ».
La mère d’Alexandre est très proche de sa propre mère, qui l’épaule contre la « folie » de son ex-mari. A présent retraitée, cette dame était infirmière dans un service hospitalier de pédopsychiatrie. A ce point du récit maternel, l’adolescent s’écrie avec une gaieté nerveuse : « Elle travaillait dans un bâtiment plat qu’elle appelait « le pavillon ». On allait quelquefois la chercher avec ma mère, mais on n’avait pas le droit de rentrer. Mammy s’occupait d’enfants malades qui ne devaient pas sortir. Elle disait que dehors ils risquaient de se perdre ou de se faire du mal. Je crois qu’elle voulait aussi que je ne les voie pas, pour que je n’aie pas peur d’eux. Elle donnait deux tours de clé et regardait autour d’elle avant de nous rejoindre.
Un jour, dans la voiture, elle a dit à ma mère : « Les pauvres gosses. Ils sont fichus. J’en ai ma claque de ce boulot ». Elle pleurait et Maman l’a prise dans ses bras ». J’interviens : « Il me semble que tu fais coup double ! Tu prends également soin de ta grand-mère. C’est comme si tu lui disais « N’aie plus peur que des enfants bizarres s’échappent de l’hôpital et se mettent en danger. Puisque la peur m’empêche d’entrer dans le collège, je ne risque pas, moi, de m’en échapper ! Je suis là, près de Maman et de toi. Et puis je ne suis pas « fichu » : je veux continuer à apprendre mes leçons et à faire mes devoirs ». La mère d’Alexandre se dit « frappée » par mes rapprochements : « C’est vraiment étonnant. Voilà qui donne à penser ». Elle regarde son fils comme l’on observe une « bête curieuse », sans réprobation mais avec une surprise interrogative, comme si elle le découvrait…
Les cours à domicile démarrent, dispensés par deux enseignants. Alexandre les accepte sans crainte. J’ai l’impression que mes interprétations ont un peu porté et que l’adolescent tente à présent de penser à lui-même, de désentraver ses préoccupations de celles de ses ascendantes. De fait, il vient de rêver qu’il retournait au collège, qu’il s’y sentait bien et qu’une fille avait promis de l’embrasser s’il voulait bien ne plus avoir peur.... Pourtant, l’angoisse « guette » toujours. Comment déconstruire de manière décisive le symptôme d’Alexandre ?
Lors de l’entretien suivant, la mère de l’adolescent lâche devant son fils ébahi : « A force de me creuser la tête pour savoir comment guérir Alexandre, j’ai rêvé de la porte de son collège : elle était pleine de fils barbelés et gardée par des Allemands ! » Je souligne : « Voilà qui nous entraîne loin dans le temps ». Elle se prend la tête et murmure : « Oh, mais oui ! C’est même incroyable ». Elle réfléchit puis poursuit : « Ma mère est née quelques années avant la Seconde Guerre mondiale. Entre 40 et 42, ses parents ont dû franchir chaque jour la ligne de démarcation entre la France occupée et la « zone libre » pour aller cultiver leur champ. Ma mère m’a parlé de silhouettes en uniforme qui vérifiaient les papiers [8] de gens qui faisaient la queue et se moquaient d’eux. Son père lui interdisait de regarder les soldats et de parler, tandis qu’elle tremblait de peur… Elle en faisait même des cauchemars ». Après cette ahurissante évocation, la mère d’Alexandre m’a téléphoné pour me dire que face aux difficultés persistantes de son fils, elle allait plutôt l’amener chez un psychiatre. Je ne me suis pas opposé de façon frontale à ce « choix » et je lui ai répondu que je demeurais disponible, mais je l’ai fortement invitée à promouvoir des discussions en famille élargie (en présence de l’adolescent) au sujet des expériences difficiles endurées par les uns et les autres...
Bibliographie
Alary E. (2003) La ligne de démarcation. 1940-1944. Paris : Perrin.
Duez B. (2005) L’enfermement et les issues de l’indécidabilité. Adolescence, 24, 4, n°54, 825-859.
Hachet P. (2009) Adolescents et parents en crise. Psychologue dans un Point Accueil Ecoute Jeunes. Nîmes : Champ social.
Herlant K., Caron R., Beaune D. (2008) Quand l’adolescent se heurte au mur du temps. Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 56, 127-134.
Huerre P., Giraud C., Petitqueux-Glaser C. (2007) Les faux-semblants. Aléas de la construction identitaire à l’adolescence. Enfance & Psy, 37, 22-28.
Lacan J. (1975-1976) Séminaire Livre XXIII Le sinthome. Paris : Seuil, 2005.
Maïdi H. (2008) Les souffrances de l’adolescent. Trauma et figurations du traumatique. Besançon : Presses Universitaires de Franche-Comté.
Marcelli D. (2007) Adolescence et subjectivation. Une déconstruction de l’intersubjectivité ? Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 55, 5-6, 251-257.
Webster P. (2004) Voyages sur la ligne de démarcation. Héroïsmes et trahisons. Paris : Le Cherche-Midi.
7.2 Les publications
En 2010, l’équipe du Tamarin a publié :
- 2 articles scientifiques :
Hachet, P. (2010). Adolescence et succession de générations. Santé mentale, 146, 36-41.Le processus pubertaire contraint le sujet adolescent – désormais efficient sur le plan génital – à redéfinir sa place dans la succession des générations. Les adolescents en psychothérapie réalisent assez souvent cette opération psychique (parfois périlleuse) en tissant des liens entre leurs événements de vie et ceux de leurs aïeux. De façon corrélative, la capacité juvénile de rêverie autour de l’histoire et de la géographie familiales amenuise le risque de « catastrophe » mentale à l’adolescence. Une observation clinique détaillée illustre ces considérations.
Hachet, P. (2010). Quand la guidance parentale permet d'éviter une addiction chez l'adolescent. "Vous avez mis le doigt sur quelque chose…", Santé mentale, 150.
L’observation d’un jeune consommateur régulier de cannabis et de sa mère suggère qu’une guidance parentale peut déconstruire une addiction juvénile incipiens. Cette prise en charge préventive amène les parents à prendre la mesure de l’influence psychique transgénérationnelle exercée par leurs traumatismes irrésolus et à les verbaliser suffisamment pour que leur adolescent ne recourt pas à l’addiction, qui constitue souvent un essai pour gommer un tiraillement pulsionnel extrême entre le désir d’exister pour soi et le besoin d’assister une souffrance parentale muette.
- 1 article de vulgarisation :
Hachet, P. (2010). L'aide psychologique aux "ados" qui fument des "joints" et à leurs parents. Psycho
Media, 24, 48-50.
Face à un jeune consommateur de cannabis, le psychologue évalue l’attachement psychique au produit et, selon la situation, propose au patient des rencontres informelles à caractère informatif, des entretiens de « guidance » ou encore une prise en charge psychothérapique. Cette intervention comprend un travail sur les représentations de l’adolescent au sujet des risques liés à sa consommation
surannabis et associe, si possible, ses parents. L’observation clinique de Grégory illustre quelques-unes de ces considérations.
- 2 entretiens :
Hachet, P., Blancheton, D. (2010). Des tests de dépistage pour savoir si mon ado se drogue. Femme actuelle, 1322.
Hachet, P., Gravillon, I. (2010). Skins party : de quoi s'agit-il ? Femme actuelle, 1326.
[1] La plupart des stagiaires sont des consommateurs exclusifs de cannabis. L’intérêt qu’ils manifestent tant que l’exposé porte sur les effets de cette substance tend donc à s’estomper lorsque l’intervenant aborde les effets des « drogues dures ». Certains stagiaires estiment que la présentation des effets de stupéfiants autres que le cannabis est hors sujet et se sentent alors « pris pour des drogués ».
[2] Cette organisation n’est pas le fruit de quelque spécificité ou créativité locale. Le cahier des charges de ces stages (caractère obligatoire, paiement et contenu des interventions) des stages de sensibilisation a été défini au niveau national, par la Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (MILDT). Il en résulte que ni les participants ni les organisateurs et les intervenants ne sont tenus d’en remettre en question les modalités…
[3] Dans le détail, il est fréquent que les intéressés se livrent à des comparaisons hargneuses entre les lois sur les stupéfiants dans différents pays (en premier lieu, les Pays-Bas). D’autres estiment que les forces de l’ordre s’honoreraient en faisant davantage preuve de cohérence (par exemple : « Les policiers te confisquent le shit et d’autres fois ils t’emmènent en garde à vue. On n’y comprend rien ») et de protection des personnes (ainsi : « En cas de cambriolage, les gendarmes n’interviennent pas ou attendent que ce soit terminé »).
4 Initialement, nous redoutions que la somme à payer par ces jeunes adultes plutôt désargentés constitue - au risque de faire mentir le proverbe - une « plaie mortelle » tant pour leur portefeuille que pour leur amour-propre… L’expérience a montré que ce sont l’entretien de rappel à la loi puis la tenue et le déroulement du stage qui sont parfois vécus comme persécutants.
5 D’autant plus que certains stagiaires ont un raisonnement intéressant : ils ne souhaitent pas une légalisation du cannabis mais une dépénalisation réglementée de son usage (ils fixent en particulier un âge minimum d’usage, consensuellement à 16 ans, et souhaitent sanctionner l’ivresse cannabique au volant).
[5] Dans un tel contexte, Herlant, Caron et Beaune (2008) rappellent que le psychologue peut être « le représentant de l’intrapsychique alors même que le monde intérieur de l’adolescent lui apparaît chaotique, angoissant, mis en danger par la pression pulsionnelle ».
[6] Ce qui fait penser à une définition du symptôme proposée par Lacan (1975-1976) : « un évènement corporel ».
[7] Huerre, Giraud et Petitqueux-Glaser (2007) notent avec pertinence que « sous couvert des symptômes qu’ils présentent eux-mêmes, bon nombre d’adolescents se débrouillent pour nous amener leurs parents. Ils souhaitent que nous les aidions, en partageant le trouble que cela occasionne pour eux, afin qu’ils puissent grandir et construire leurs destinées adultes en étant moins lestés par des non-dits ou des secrets dont la charge négative imaginée est à la hauteur du silence qui les entoure ».
[8] Un laissez-passer (Ausweis). Cette ligne de 1200 kilomètres coupa 13 départements en deux et fut établie sous le prétexte que le territoire français était trop vaste pour être occupé en totalité. Alary (2003) et Webster (2004) expliquent qu’elle servit surtout à humilier et faire souffrir les habitants : familles séparées, exploitations agricoles morcelées, administrations isolées, tracas voire impossibilité de procéder à l’enterrement d’un proche décédé de « l’autre côté ». Des millions de vies en furent bouleversées. Pourtant, ce fait topographique et humain ne passionne guère les historiens et est peu traité dans les manuels scolaires.