L’année 2010 a été pour le SATO-Picardie celle de la mise en place effective de ses CSAPA - Centres de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie - avec et sans hébergement ainsi que celle de son CAARUD - Centre d'Accueil et d'Accompagnement à la Réduction de risques pour Usagers de Drogues. La création de ses nouvelles structures, entièrement dédiées aux addictions, correspond à une réorganisation au niveau national, tant du côté du sanitaire que de celui du médico-social, dont le but et les objectifs sont, à priori, d’unifier et de rationaliser le dispositif spécialisé afin de mieux répondre aux problèmes que posent les conduites addictives et, plus généralement, les consommations de produits psychotropes. Nous mesurerons à l’avenir l’efficacité de ce changement ainsi que l’effet réel de cette « révolution » sémantique qui fait pratiquement disparaître le mot « toxicomanie » de nos savants discours, sur notre capacité à développer de nouvelles réponses et stratégies pour faire face à la complexification des problématiques liées aux dépendances.
La diversification des usages et des modes de consommation, la prégnance des comorbidités qu’elles soient somatiques (VHC, VIH) et/ou psychiatriques ainsi que la prise en compte des dépendances sans produit impliquent une réévaluation importante des modes de prises en charge que nous devons mettre en œuvre. L’ensemble de nos structures de soins accueille dorénavant des patients qui, le plus souvent dans le cadre d’une polytoxicomanie, utilisent simultanément et/ou indifféremment des drogues licites et/ou illicites. Les modes de consommation représentent un discriminant significatif quant aux indications de soin et de prise en charge. Ils sont souvent plus signifiants que le produit utilisé. En effet, des écarts abyssaux existent entre certains usages qui rendent difficile de les référencer à un mécanisme psychopathologique clairement identifié. Par exemple, l’on ne peut comparer une personne qui pratique le « binge drinking » en ingurgitant massivement et rapidement de grandes quantités d’alcool et, le cas échéant, d’autres produits psychotropes, avec un usager régulier, voire compulsif, d’alcool et/ou de médicaments.
L’importance et le développement de la consommation de cannabis chez les jeunes demeure une préoccupation majeure. Or, peu de fumeurs de cannabis consultent spontanément. Ils considèrent cet usage comme banal et en minimisent les risques réels. L’importance de l’usage festif des drogues, qu’elles soient licites ou illicites, par les jeunes est un élément essentiel à prendre en compte, en matière de santé publique, pour définir des stratégies efficaces de prévention et de réduction des risques. D’une manière générale, il apparait indispensable de penser des modalités de soutien pour les parents, et plus globalement pour la communauté éducative, afin de les aider à faire face à la réalité de l’usage précoce chez les adolescents, phénomène qui peut s’avérer particulièrement angoissant et déstabilisant pour les adultes.
Depuis plusieurs années le développement de la substitution a permis une amélioration sensible de l’accès aux soins ainsi que du suivi médico-psycho-social d’un grand nombre d’usagers. Cependant, développer des programmes bas seuil de substitution dans une logique de réduction des risques devrait faciliter l’accès aux soins des usagers les plus marginalisés. Par ailleurs, l’offre de sevrage, en particulier celle d’un sevrage sélectif, demeure largement insuffisante pour un grand nombre d’usagers qui souhaitent s’orienter vers l’abstinence. La conjugaison des registres que constituent l’importance de la polyconsommation avec l’augmentation régulière de l’usage de cocaïne et de ses dérivés, la multiplication des drogues de synthèse, le mésusage médicamenteux, la présence, parfois, d’une comorbidité, qu’elle soit somatique ou psychique, la prégnance de la consommation d’alcool et de tabac, la prise en compte des addictions sans produit nous oblige à faire évoluer les stratégies de prévention, de soins et de réduction des risques à mettre en œuvre et nous invite à établir des liens de travail plus effectifs et efficaces avec l’ensemble du secteur sanitaire.
Le fait d’être dépendant à un produit, quel qu’il soit, n’induit pas nécessairement un processus de désinsertion grave. Pourtant l’on constate que pour un certain nombre d’usagers qui ont une longue « carrière » dans l’addiction et qui sont en proie à des processus de marginalisation importants, il devient illusoire et hasardeux d’envisager, pour eux, une possible réinsertion dans un circuit de droit commun. Pour autant, développer une approche globale qui permette d’instaurer à minima une vie sociale et professionnelle reste une condition nécessaire pour envisager une amélioration sensible de leur addiction et de leurs conditions de vie. De ce point de vue, l’importance d’une prise en charge communautaire au long cours, qui mobilise et responsabilise la personne de façon significative, est sans aucun doute une réponse efficace qui reste à explorer. Le lien entre marginalisation sociale et usage de produits psychotropes explique notre intérêt pour la problématique de l’urgence sociale et nous incite à réfléchir à de nouvelles initiatives pour promouvoir l’insertion des personnes les plus marginalisées.
La mise en place en 2010 de nos deux CSAPA et de notre CAARUD a constitué un changement majeur dans l’organisation des établissements que gère de notre association. Pour autant, d’autres réalisations ont marqué l’année qui vient de s’écouler :
- l’inauguration, à l’occasion du 30ème anniversaire de notre association, des nouveaux locaux de notre communauté thérapeutique de Flambermont qui portent dorénavant la capacité d’accueil à 35 lits et permet d’améliorer sensiblement le confort de cette structure tant en ce qui concerne les conditions de travail des salariés que d’accueil pour les résidants.
- L’extension de l’activité de notre CAARUD aux territoires de santé Sud du département de l’Aisne par l’ouverture de deux unités, l’une à Château-Thierry sous la forme d’une reprise de l’activité du réseau de l’Omois, l’autre à Soissons, dans les locaux du CHG. Cette nouvelle présence sur le département de l’Aisne, témoigne de l’esprit d’initiative de notre association et se conjugue, grâce à la réflexion instaurée avec les différents partenaires intervenant dans le champ de l’addictologie sur le sud de ce département avec la perspective de créer, en 2011, un Groupement de Coopération Sociale et Médico-Sociale.
- L’intégration et le financement de l’activité de prévention dans le cadre de notre CSAPA ambulatoire a été un sujet de grande satisfaction. Cette acceptation par l’ARS d’intégrer cette part importante et nécessaire de l’activité du SATO-Picardie récompense les efforts et le combat que nous avons menés pour sauvegarder l’existence du Tamarin et du Fusain Ailé et, plus généralement, de maintenir la dimension de la prévention comme un élément majeur de l’action de notre association. Il convient à ce propos de remercier l’ensemble des collectivités locales que ce soit le Conseil Général de l’Oise, la Communauté d’agglomération du Beauvaisis ou encore la Communauté d’Agglomération Creilloise, sans l’aide desquelles ces structures n’auraient pu perdurer.
- L’ouverture en décembre, avec l’accueil des premiers résidants du « Pourquoi Pas », notre nouvelle structure des Lits Halte Soin Santé à Compiègne. Il faut souligner l’effort important que tous les acteurs de ce projet, qu’ils fassent partie ou non du SATO-Picardie, ont consenti pour tenir les délais extrêmement courts que nous nous étions fixés pour la réalisation de cet établissement qui, de l’avis de tous, est une réussite architecturale.
Ces changements dans l’organisation des services de notre association ne nous ont pas empêchés d’assurer nos missions et de développer nos actions dans les champs de la prévention, du soin et de la réduction des risques. Comme en témoigne, une fois de plus, ce document, chacun pourra mesurer l’ampleur du travail réalisé par l’ensemble des salariés avec le concours de tous nos partenaires, qu’ils soient du secteur sanitaire, médico-social, de la communauté éducative ou encore de la justice.
Enfin, je souhaiterais terminer ce propos en rappelant le colloque et les deux séminaires que nous avons organisés à l’occasion des 30 ans de l’association. Ces manifestations ont regroupé environs 400 participants, dont environ 130 représentants venus d’Algérie, de Belgique, du Danemark, d’Espagne, de Grèce, d’Italie, de Pologne, du Portugal, du Royaume-Uni, de Slovaquie et des Etats Unis. Cet événement co-organisé avec le réseau européen T3E témoigne de l’image et de la notoriété que le SATO-Picardie a su promouvoir durant ces 30 années d’existence tant au niveau national qu’international. Le succès et l’esprit qui a présidé à ces rencontres souligne les liens d’amitiés sincères qui se sont tissés au fil des années avec un grand nombre de spécialistes et de professionnels du champ des addictions. Cet événement constitue également pour nous une reconnaissance pour le travail accompli et nous invite à poursuivre nos efforts pour continuer l’œuvre entreprise par le SATO-Picardie.
Jean-Pierre DEMANGE
Directeur du SATO-Picardie